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08/07/2016

RÉVOLUTION ET MOUVEMENT SOCIAL

RÉVOLUTION ET MOUVEMENT SOCIAL

Archive d'Alarme N°12 Juin 1981

 Lorsqu'on se réclame du socialisme scientifique, cela implique qu'on doit à partir de la situation objective présente, déduire les tâches révolutionnaires concrètes du prolétariat
 Or examinions cette situation objective, nous remarquons que le capitalisme n’a plus aucune raison d'être, qu’il est totalement réactionnaire; en effet pour les révolutionnaires, le seul critère de progrès d'une société d'exploitation de l'homme par l’homme, ne peut être que la construction des conditions objectives permettant son dépassement révolutionnaire, et la construction rapide d'une société progressive. C'est à dire qu'une telle société n’est progressive que lorsqu’elle construit ces conditions objectives, mais existant encore une fois ces conditions crées, elle devient réactionnaire. Dans le cas qui nous intéresse: le capitalisme, les conditions objectives sont donc, un monde unit par les rapports capitalistes dans lequel le prolétariat est une force internationale potentiellement puissante et capable de détruire le capitalisme; et des forces productives suffisamment développées, le monde est unit depuis le début du siècle, et le prolétariat a prouvé sa capacité à abattre le capitalisme et à construire le communisme, par la vague révolutionnaire de 1917-1937. Les conditions objectives sont présentes depuis le début du siècle, et donc depuis lors ce système est en décadence.

Sur cette base le prolétariat a des tâches précises à réaliser, l'économie capitaliste étant totalement réactionnaire, le capitalisme en tant que système social étant totalement caduc, la révolution, Maintenant seule à l'ordre du jour, devra directement s'attaquer aux bases économiques de ce système. Or ne pas donner les tâches concrètes du prolétariat à notre époque, parler de révolution et de généralisation des luttes, ne suffit pas.
 Le communisme ne tombe pas du ciel, le mouvement qui y mènera, devra passer sur le corps de tous les problèmes que rencontre le prolétariat face au capitalisme. Il devra donc saisir toutes les données, toutes les possibilités de la situation objective, et les exploiter à fond. Il en découle des tâches de notre époque. Alors ou est le matérialisme si l'on s'arrête à la généralisation des luttes, élections des délégués (hors du syndicat bien sur) révocables à tout instant...Si au lieu de se battre pour donner un contenu de classe aux luttes, avec des tâches précises à réaliser, on se concentre sur les formes de luttes.

 Les socialistes utopiques n'étalent pas utopiques parce qu’ils imaginaient une société qui ne correspondait pas au communisme, ils étaient utopiques car leurs idées n'étaient pas basées sur la réalité objective. Ne cherchant pas à savoir quelle est la force capable de renverser le capitalisme et de construire une société humaine, ils pouvaient encore moins élaborer des tâches basées sur la réalité concrète, que cette force aurait dît faire sienne. Autrement dit, aujourd’hui, il ne suffit pas pour être matérialiste de lutter pour une société qui soit celle pour laquelle ont lutté les premiers socialistes scientifiques, il faut lutter pour des réalisations concrète du prolétariat en lutte, et qui de plus ne soient pas en deçà, mais correspondent aux possibilités et nécessités que le capitalisme à fait mûrir.

Non, il ne s'agit pas d'affirmer que c'est le prolétariat qui trouvera lui même ses revendications, et que de proposer et de se battre pour des revendications précises serait, de la part des révolutionnaires, vouloir enfermer le mouvement dans un schéma (n’y aurait-il pas alors pas schéma dans: "conseils ouvriers" ou "délégués révocables à tout instant" et dans ce cas pour éviter les schémas: attendre et se taire, mais alors à quoi ça sert d'être révolutionnaire.)

En effet, al nous sommes d'accord sur la fait que les révolutionnaires font partie du prolétariat, il faut alors considérer toutes les implications de cette affirmation. En tant que frange la plus consciente du prolétariat, les révolutionnaires sont conscients non seulement de l'objectif à atteindre, mais aussi des moyens qui y mènent, c'est à dire du mouvement que prendra sa pleine amplitude n'aura la puissance nécessaire qu'avec les revendications correspondant aux possibilités historiques. D'où l'importance des révolutionnaires dans la luttes pour impulsée un combat pour les tâches de notre époque. Ceux qui parlent de mouvement sans parler des réalisations concrètes que le mouvement révolutionnaire devra effectuer, au risque de se détruire en tant que mouvement révolutionnaire, limitent leur intervention à un slogan "Abolition du salariat", vidé en grande partie de son contenu.

                                                      Ouvrons ici une parenthèse.

Sur les tâches de notre époque apportons de plus quelques précisions. Si la conscience révolutionnaire n’apparaît pas brusquement comme conscience révolutionnaire nette dans la majorité de la classe, nous rejetons aussi tout gradualisme dans la formation de cette conscience car, l'accumulation et la centralisation élargie du capital redoublent, proportionnellement à elles mêmes, la dépendance matérielle et culturelle du prolétariat. Et de ce fait, la conscience révolutionnaire se développera, progressera par bond, à de larges franges de la classe, que lorsque le prolétariat en mouvement s'attaquera à cette accumulation, pour en finir avec elle. Et c'est donc dans cette optique, qu'il faut comprendre les tâches de notre époque; et non pas comme un gradualisme qui permettrait une formation "scientifique de la conscience". En effet si nous rejetons le gradualisme dans la formation de cette dernière, nous rejetons aussi la formation “scientifique" de la conscience. Car sinon le facteur subjectif, sans lequel jamais le prolétariat ne pourrait s'affirmer en fait, serait réduit au néant au profit du seul facteur objectif, nécessaire mais non suffisant. En effet .nous nous réclamons du socialisme scientifique, et donc nous savons que le moteur de l'histoire est la lutte de classe; en conséquence, nous ne pouvons que rejeter une formation "scientifique" de la conscience car la dernière classe de l'histoire, en développant radicalement cette lutte, deviendra sujet de l'histoire; et donc sa conscience loin d'être le résultat d'une réaction chimique inéluctable, se développera sur les ailes de la subjectivité révolutionnaire.

                                                        Refermons ici cette parenthèse.


 Pire si loin do spécifier les tâches révolutionnaires concrètes de la classe, sont repoussées catégoriquement les tâches liées au fait que les conditions objectives sont mures. "Et donc que le capitalisme en tant que système social économique, et pas seulement politique, n'a plus aucune raison d'être. Et cela sous le prétexte que le communisme n'est pas possible dans un seul pays" Bien sur, que cette phrase est vraie, elle veut dire que le communisme ne sera réalisé que lorsque les classes auront été détruites, que lorsque l'exploitation de l'homme pari*homme aura disparue et donc que lorsque les unités d'exploitation que sont les nations auront été détruites. Et cela parce qu’aujourd’hui communisme et capitalises sont, des systèmes totalement antagoniques qui ne peuvent donc pleinement se réaliser, qu'en ayant radicalement détruit le système opposé.
 Ceci étant dit, ce sera un mouvement, et pas un décret qui fera passer la société de l'état capitaliste, à l'état d'équilibre stable: le communisme. Ce mouvement passera par des états totalement instables; "Dans aucune révolution on ne peut observer «le juste milieu", car sa loi naturelle exige une décision rapide « de deux choses l'une: ou bien la locomotive escalade la cote historique à toute vapeur, ou bien, entraînée par son propre poids, elle redescend la pente jusqu'au point d'où elle était partie entraînant avec elle dans l’abîme tous ceux qui tenteraient, à l'aide de leurs faibles forces, de la retenir à mi chemin. (Rosa Luxembourg, dans «la révolution russe").

Cette côte historique sera escaladée à toute vapeur, que si le prolétariat lutte pour des revendications qui correspondent exactement aux possibilités et nécessités historiques. Les états instables seront caractérisés par l'irruption violente, du prolétariat, dans tous les domaines: social et politique, qui tentera de réorganiser la société suivant ses intérêts. Par exemple, pour la révolution Russe, pour reprendre les termes de la citation, la locomotive s'écrasa en 1921 avec l'introduction de la N.E.P. qui libéra les relations marchandes et remis au premier plan la plus-value. Les états instables qui précéderont cette chute, furent par exemple: communisme de guerre, qui bien que cette révolution prolétarienne ne fut que politique, et non pas sociale, contenait à l'état de germe l'attaque de la plus-value, dans la mesure où cette dernier avait perdu son rôle prépondérant en faveur des rémunérations ouvrières. 

 Et pour conclure sur ce dernier sujet: Sous prétexte de ne pas faire le communisme dans un seul pays, il ne s'agit pas de conserver le capitalisme dans tous les pays. Construire le communisme dans une seule nation est une impossibilité, car la nation n'existe qu'en tant qu'unité d'exploitation. Détruire le capitalisme, c'est à dire, sans attendre la révolution politique internationale, s'attaquer partout à son système nerveux: la plus-value, s'attaquer au sur travail social avec l'objectif de se le réapproprier (Voir dans "Pour un second manifeste communiste", les tâches de notre époque: "Toute augmentation de la production sa valeur actuellement) qu'elle provienne d'un plus grand rendement de l'ouvrier ou d'un perfectionnement technique, doit revenir collectivement aux ouvriers qui en sont les auteurs, en attendant que la classe toute entière décide de sa répartition, ...), et donc de le faire disparaître en tant que sur-travail social, est une nécessité historique. En conséquence, le lieu où éclatera la révolution sociale ne sera pas un pays communiste parmi d'autre pays, capitalistes eux.

Ce sera l'endroit ou auront été déracinées les bases du capitalisme, et ou auront surgit les bases de la production et de la distribution communiste, entouré-- par les nations capitalistes, unies contre la révolution .Ce sera le lieu qui, ou bien s'étendra aux principaux pôles industriels, et de là au monde entier, ou restant isolé par manque de solidarité internationale sera détruit d'une manière ou d'une autre. Prétendre qu'aucune es sure économique socialiste, ne peut être appliquée dans un cadre réduit, c'est ne pas avoir compris que le pouvoir ouvrier n'est pas qu'une simple forme, nais qu'il est essentiellement un contenu. C’est ne pas avoir compris que le prolétariat ne se mobilise pas en premier lieu pour prendre le pouvoir, mais pour lutter contre sa situation d'exploité; et que ce pouvoir, il en a besoin pour en finir avec elle c'est un moyen, et non un but. Si l'on affirme que le prolétariat, par la révolution, s'affirme en tant que sujet de l'histoire, c'est à dire d'une manière consciente, on affirme par là même que ce dernier va combattre tous les rapports de la société qui  l’exploite. Sans quoi il restera objet soumis à l'exploitation qui ne peut être qu'extérieure à lui, il ne serait qu'un sujet décapité et donc facilement malléable. Car n'oublions pas que ce sont les rapports de production, qui déterminent les relations sociales, et non l'inverse.

05/07/2016

LOI TRAVAIL : ON NE LUTTE PAS CONTRE DES LOIS RÉACTIONNAIRES, ON LES DÉTRUIT

LOI TRAVAIL : ON NE LUTTE PAS CONTRE DES LOIS RÉACTIONNAIRES, ON LES DÉTRUIT
PAR LA RÉVOLUTION SOCIALE
Toutes les crapules du gouvernement autant que celle des syndicats CGT FO SUD CFDT, chacun dans leur rôle respectif peuvent se féliciter d’avoir réussi à mobiliser le plus important mouvement social depuis les dix dernières années, mais les intérêts des syndicats sont bien différents des nôtres.
Sans minimiser le projet de cette loi crapuleuse, pour nous, le code du travail qu’il soit modifié ou non par la (loi travail) dit loi El Khomri,, restera toujours la loi des bourgeois qui s’autorise le droit de nous exploiter comme bon leur semble. Certes, les patrons pourront fixer les horaires, les salaires et les licenciements à leurs convenances, mais rien n’empêchera la classe ouvrière de se faire justice !

Devons-nous pour autant « lutter pour garder l’ancien code du travail ou lutter pour nous émanciper à tout jamais de “l’esclavage salarié“ ?

Avons-nous donc autant de mépris de nous-mêmes au point d’être aveuglé devant la perspective qui s’offre à nous, celle de nous émanciper d’un système qui ne peut être que de plus en plus réactionnaire !

Nous sommes des prolétaires et c'est nous qui produisons les moyens de reproduire notre existence, nous sommes la force énorme capable de balayer ce système qui nous condamne à travailler, à produire non pour satisfaire nos besoins, mais ceux d'une classe qui se nourrit de nos vies et nous fout aux ordures après usage.

Les syndicats ont tous fait pour diviser la classe ouvrière, en se gardant bien de reprendre le mot d’ordre d’une “ grève générale ». Pour la simple raison qu’une grève générale aurait été beaucoup plus risquée, tant pour les syndicats que pour la bourgeoisie dont ils restent les principaux garants.
Dans une grève générale, la loi El Khomri, l’idiote utile de ce gouvernement, n’aurait suscité qu’un ricanement de mépris pour s’étendre à une cause beaucoup plus sérieuse.

En regardant de plus près la loi travail, nous comprenons mieux ce qui a fait réagir les syndicats, c’est principalement la trouille de perdre leur représentativité dans les branches professionnelles. Une partie de la loi travail visant à court-circuiter les syndicats en supprimant leur représentativité dans les accords de branches professionnelles. La manœuvre de Valls et Gattaz du MEDEF, étant de donner aux petites et moyennes entreprises de ne plus être sous la tutelle des conventions collectives régissant les branches professionnelles. Autrement dit ; la trouille de la CGT FO étant de sauvegarder une partie de leur gagne-pain.

De manifestations en manifestations, calqué sur les débats parlementaires pour bien montrer au gouvernement qu’ils détenaient une force incontournable. Pendant que dans le dos des manifestants les syndicats CGT des différentes corporations (branches) magouillaient pour obtenir quelques garanties principalement celle des secteurs clefs tel les transports, négociation à la SNCF, les enseignants, etc… Du jour au lendemain, la volte-face de Martinez et Mailly,  sont passés du retrait total de la loi El Khomri à quelques articles qui devaient être revisités.

Après avoir fait passer la CGT pour un syndicat jusqu'au-boutiste, rien de tel pour revivifier un syndicalisme moribond, le Premier ministre Valls n’ayant plus (parait-il) de majorité a l’assemblé nationale, dégaine le 49-3 pour faire passer sa loi et remet le couvert en interdisant les manifs “processions“ syndicales. Ce qui a donné un tollé général « de tous nos démocrates de gauche, trotskiste bille en tète, réaffirmant par là leur attachement à la démocratie bourgeoise, C’est-à-dire le droit des bourgeois de continuer à nous exploiter et celui des syndicats à négocier le prix de notre exploitation… Démocratiquement bien sûr ! Les luttes sociales, se moquent bien de savoir si elles sont légales ou illégales ! Et ce n’est certainement pas un avorton vaniteux qui arrêtera le cours de l’histoire lorsque sonnera l’heure de leur défaite !

 Encore une fois dans l’épicerie syndicale, il n’y a pas de syndicats rouges ou de syndicats jaunes, il n’y a que des syndicats dont la fonction est de nous maintenir dans nos conditions d’esclavage salarié, celle de toutes les précarités suivant l’offre et la demande, suivant la conjoncture économique du capitalisme, c’est ce qu’ils appellent la flexisécurité et pour nous la flexiprécarité. « Je prends quand j'ai besoin, je jette quand je n'ai plus besoin », mais il n’y a là rien de nouveau, qui nous ferait regretter un bagne pour un autre.

Les syndicats n’ont cherché qu’à contribuer à l’élaboration du code de notre exploitation, à sauvegarder leur privilège de parasites, car c’est bien en maintenant nos conditions d’esclave que tous les syndicats et les faux partis « communistes » , « socialistes », vivent grassement et confortablement !

REFUSONS TOUTE CAUTION OU APPUI AUX MANIFESTATIONS SYNDICALES
AVEC L'ENNEMI ON NE S'ALLIE PAS... ON LE DÉTRUIT.

Ce qui importe, c'est de savoir si nous continuerons à nous soumettre à l'exploitation de la seule vie que nous ayons ou si nous allons enfin réagir contre notre condition d'hommes écrasés et humiliés ; notre seul mot d'ordre face à ces attaques ne peut qu'être que mort au capitalisme, abolition de l'esclavage salarié est pour le réaliser, détruire ce monde absurde par la révolution sociale.

Cessons de nous faire manipuler par ces bonimenteurs « de la politique et du consensus social » prenons confiance en nous, prenons notre destin en main, organisons-nous nous-mêmes. Crachons sur tous les cortèges organisés par les syndicats, car si nous ne le faisons pas cela signifie que nous sommes incapables de nous insurger contre notre putain de vie d'esclave, traité comme du bétail prêt à marcher vers l'abattoir.

Quant aux "Nuit debout !" À Paris comme en province n’ont été que les laboratoires du Front de Gauche de Mélenchon, au mieux comme au pire des bidules pour aménager la précarité ! Rien d’autre à dire d'un phénomène répétitif qui sent le rance d’un citoyennisme encrotté.

Nous "devons tous contribuer à l'union grandissante du prolétariat. Nous devons créer le rapport de force nous permettant d'en finir internationalement avec le travail salarié, les classes sociales et les frontières !

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSONS-NOUS, SUPPRIMONS  LES POLICES, LES ARMÉES.  LA PRODUCTION DE GUERRE, LES FRONTIÈRES, LE TRAVAIL SALARIE...
                                           ARMES, POUVOIR, ÉCONOMIE AU PROLÉTARIAT ! 


08/03/2016

BENJAMIN PÉRET. LE SIGNE ASCENDANT DE LA RÉVOLUTION D’ABORD ET TOUJOURS.


BENJAMIN PÉRET. LE SIGNE ASCENDANT DE LA RÉVOLUTION D’ABORD ET TOUJOURS.

LE SIGNE ASCENDANT DE LA RÉVOLUTION D’ABORD ET TOUJOURS.


Remerciements: 

Merci à Alfredo  pour son article id : http://labouchedefer.free.fr/

Merci pour la photo des archives de Jaime Fernandez


Suivit de Benjamin Péret:

"Ce que c'est que le surréalisme" (1929)



Il faut ici rappeler, à tous ceux qui n’envisagent le surréalisme que sous l’angle esthétique, que la révolte de Péret et des futurs surréalistes s’alimentera en grande part du dégoût que produira sur eux la boucherie de 14-18. Ainsi, la guerre, le vil caporalisme et les différents aspects que peut prendre la peste nationalo-chauvine, constitueront autant d’objets de mépris sur lesquels s’exprimera l’ire ou la dérision des surréalistes. « Vive la France et les pommes de terre frites ! », s’exclame Péret lors d’une matinée Dada.
En 1921, à l’occasion du fameux « Procès Barrès » accusé de crime contre la sûreté de l’esprit, il récidive. Déguisé en soldat inconnu, orné d’un masque à gaz et marchant au pas de l’oie, il provoque l’indignation des braves chauvins qui prennent la scène d’assaut en entonnant la Marseillaise. Les médias, déjà au « service » des bonnes causes, commentent l’affaire. Le 14 mai, le journal La Presse, gon fanions au vent et clairons en tête, entonne :
« Tant de bassesse, de vilenie et de grossièreté dans la farce devrait naturellement révolter tous ceux qui ont l’âme française… »
Le 15 mai c’est autour de Comoedia de claironner :
« Ce fut une manifestation piteuse, grotesque, odieuse même par l’introduction dans cette mascarade sans gaîté, du symbole que le soldat inconnu représente pour l’immense majorité des Français… »
Si les années vingt constitue une période historique particulièrement marquée par les conflits politiques et sociaux, elle se caractérise également par un certain conformisme qui, en France comme en d’autres coins du globe, use de tous les moyens afin de maintenir la cohésion du système capitaliste.
Les 13 millions de morts sur les « Champs du Déshonneur » de 14-18, n’entameront pas suffisamment l’ardeur patriotique des peuples abrutis par des siècles de propagande nationaliste. Un peu partout, on continue à adorer les mêmes idoles, vénérer les mêmes héros et se prosterner devant les mêmes valeurs. Sans délaisser le terrain de la contestation politique et sociale (ce qui les amènera, parfois, à contracter des alliances malheureuses : voir l’épisode de l’adhésion au PCF), les surréalistes dès l’origine du mouvement, entendent œuvrer à l’émancipation de l’esprit.
« (..) Nous lançons, s’écrient-ils dans leur fameuse « Déclaration du 27 Janvier 1925 », à la société cet avertissement solennel :
Qu’elle fasse attention à ses écarts, à chacun des taux de son esprit nous ne la raterons pas.
(…) Le surréalisme n’est pas une forme poétique.
Il est un cri de l’esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer désespérément ses entraves, et au besoin par des marteaux matériels. »

La dérision iconoclaste

Lorsque l’Académie Française lance son prix de poésie pour l’année 1927, c’est sous le signe de la dérision iconoclaste que Péret répond à l’appel. Le thème du concours, créé, visiblement, à l’intention des maniaques de l’alexandrin en mal de verve, est des plus édifiants. « La Mort Héroïque du Lieutenant Condamine de la Tour », sorte de sabreur occis durant la guerre du Rift, témoigne, en effet, de ce que peuvent entreprendre les institutions étatiques afin de diffuser et consolider leurs mythes aliénants. La notice suivante, émanant du groupe surréaliste, présente au jury la contribution de Péret :
« (…) Noire collaborateur, Benjamin Péret, inspiré particulièrement par cette action d’éclat, présente dès maintenant au jury académique le poème ci-dessous où est apprécié à sa juste valeur le haut fait d’armes de son compatriote ».
« (…) C’est ainsi que tu as grandi Condamine de la Tour
que tu as grandi comme un porc
et le nombril du soldat inconnu est devenu le tien
Mais aujourd’hui jésus a mis ses pieds dans ta gidouille
qui lui sert de sabot
C’est pour cela qu’on l’a fait dieu
et que les curés ont des chaussures
semblables à leur visage
Pourris Condamine de la Tour
Avec tes yeux le pape fera deux hosties
pour ton sergent marocain
et ta queue deviendra son bâton de maréchal
Pourris Condamine de la Tour
pourris ordure sans os. »

Poète et révolutionnaire


Poète et révolutionnaire, menant de plein front ces deux activités qui, bien que complémentaires, se définissent sur un plan différent, Benjamin Péret fut également un militant de valeur sur le terrain des luttes sociales. En épousant la cantatrice brésilienne Elsie Houston (avril 1928), Péret devient le beau-frère de Mario Pedrosa, militant trotskyste, avec lequel, l’année suivante, il fonde et anime à Rio de Janeiro la Ligue Communiste du Brésil (Opposition de gauche). Il sera finalement arrêté, emprisonné puis expulsé du Brésil comme « agitateur communiste » le 30 décembre 1931, quelques mois après la naissance de son fils Geyser. Le rapport du ministère de la justice qui suit est des plus explicites : « Le chef de la police demande l’expulsion du territoire national du Français Benjamin Péret, agitateur communiste et comptant parmi les responsables de la Ligue Communiste du Brésil… »
(Quant a Elsie Houston, elle sera retrouvée morte à son domicile, 431 Park Avenue. Alors âgée de 40 ans. L’inspecteur William Chaplin du commissariat de la 51ème rue a conclu à un suicide apparent. New York Times, 21 février 1943)
Soulignons encore la présence et la participation active de Péret dans la révolution espagnole de 1936.D’abord dans les rangs du POUM et ensuite, alors que cette organisation trotskiste se trouvait peu à peu phagocyté par des éléments staliniens, dans les milices anarchistes. Ce fragment de lettre adressée à André Breton, nous fournit quelques renseignements sur l’état d’esprit et les activités déployées par Péret :
« Dès les premiers jours de mon retour, il s’était avéré que toute collaboration avec le POUM était impossible. Ils voulaient bien accepter des gens à leur droite, mais pas à leur gauche… J’ai décidé d’entrer dans une milice anarchiste et me voici au front -à Pina de Ebro- où je resterai tant que rien d’intéressant ne m’appellera ailleurs… Je voudrais te raconter ici toutes les canailleries des staliniens qui sabotent ouvertement la révolution avec l’appui enthousiaste évidemment des petits bourgeois de toutes nuances… » (Primera Compania del Batallon « Nestor Makhno » - Division Durruti, Pina de Ebro, Frente de Aragon, 7 mars 1937.)
Péret connaîtra encore la prison en 1940 pour menées subversives et avoir créé une cellule trotskiste au sein de l’institution militaire. Libéré à la faveur du désordre général, il gagne la zone libre. Jugé indésirable par l’ambassade des États-Unis qui lui refusera un visa d’entrée. C’est de Marseille qu’il s'embarque pour le Mexique. Il y restera, auprès de sa nouvelle compagne, le peintre espagnol Remedios Varo, jusqu'en 1948. Au Mexique, il entreprend des recherches approfondies sur les mythes précolombiens et les légendes populaires d'Amérique. Ce qui nous vaudra, en 1955, une traduction précédée d’une superbe introduction du Livre de Chilam Balam de Chumayel. En 1960, après la mort du poète, sera publiée son Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique, avec en préface le fameux texte La Parole est à Péret dans lequel, conscient de ce qui vivifie son oeuvre depuis toujours, Péret établit magistralement l’analogie entre la démarche poétique et la pensée mythique.
En 1945, alors qu’en France, un peu partout, on se découvre une vocation subite de résistant, Péret lance son fameux Déshonneur des Poètes. Véritable manifeste de la poésie non asservie (celle dont Octavio Paz, disait qu’elle « est un pont jeté entre la pensée utopique et la réalité »), ce manifeste était la réponse claire et sans ambages de Péret face aux litanies serviles publiées par Aragon Eluard suivis de quelques autres dans L’Honneur des Poètes. Les polémiques qui s’engagèrent contribuèrent certainement au silence qui entoura durant des décennies l’oeuvre de Benjamin Péret. Au cours des années 60, M. Georges Hugnet, n’hésitera pas à traiter Péret de « planqué » et de « pousse au crime »… Et actuellement, dans un ouvrage de son crû, dont la lecture ne peut être menée à terme qu’à condition de se boucher les narines, c’est l’agité du bocal Bernard Henri Lévy qui traite Péret d’âne… ?

Le contenu révolutionnaire du surréalisme

Le contenu révolutionnaire du surréalisme ne peut être pleinement saisi, que si l’on tient compte du rôle émancipateur de l’écriture automatique et de sa contribution à l’éveil des consciences. Que ses plus grandes conquêtes, matérialisées en partie à travers des productions « artistiques », donnent aujourd’hui, le sentiment de faire essentiellement le bonheur des spéculateurs en bourse, ne doit pas nous faire oublier ses véritables enjeux. Il faut se demander, en vérité, si en affichant leur volonté de libérer le langage du poids des traditions et des préjugés séculaires qui le figent, les surréalistes n’avaient pas tout simplement le désir de « déplacer les bornes du soi-disant réel » ? Benjamin Péret, dans de nombreux textes, a parfaitement mis en relief à quel point le langage domestiqué, réduit à son expression la plus platement « utilitaire » du « doit » et de l’« avoir », signifiait ta pérennité de la servitude dans la République des « lieux communs ». Son oeuvre poétique est de celles qui laissent le moins de prise à « cette croûte de signification exclusive dont l’usage a recouvert les mots ». Que ce soit dans ses poèmes ou dans ses analyses politiques d’une grande lucidité, Péret à chaque instant nous prouve que c’est dans l’utopie révolutionnaire que les rêves humains trouvent leurs plus belles manifestations. Par la force et la rigueur qu’il mit au service de la surréalité comme à l’avènement de la Révolution Sociale, plus que tout autre, il mérita du « signe ascendant ». Péret reste le poète des plus sublimes intransigeances, l’inoubliable auteur de Je Ne Mange Pas De Ce Pain - Là. Comme le Libertaire le titrai jadis pour Breton, sa mort, survenue en septembre 1959, constitua assurément,« un grand malheur pour la pensée honnête ».

Benjamin Péret:"Ce que c'est que le surréalisme" (1929)

Pour que les lecteurs de ce journal soient renseignés sur le surréalisme, je pourrais les renvoyer à l'interview que j'ai donnée au représentant de l'agencia Brasileira et qui a été publiée dans l'un des derniers numéros de Diario Nacional du mois passé.
Cependant, il me paraît utile de préciser quelques point
s:
1° Le surréalisme est contre l'art parce que l'art suppose des compromissions de toutes sortes et d'abord s'oppose à la sincérité totale que nous exigeons.

2° Le surréalisme n'est pas contre la logique. il l'ignore délibérément. La logique n'a rien à voir avec la poésie dont le surréalisme permet le jaillissement pur et spontané. Cela n'implique pas que les surréalistes soient dépourvus de cette logique instinctive qui est l'apanage de tout être normal.

3° Le surréalisme n'est pas contre la culture. Il dit que la culture n'a rien à voir avec la production d'une oeuvre purement surréaliste et même de n'importe quelle oeuvre sincère et empreinte d'une personnalité réelle et vivante.

4° Le surréalisme est une tentative purement désintéressée. Aucun des surréalistes n'écrit pour le public – c'est à dire en vue du succès – par conséquent ils ne cherchent ni à lui plaire ni à lui déplaire. Ils ne font aucune concession d'aucune sorte au goût du public. En cela ils sont contre la commercialisation de l'esprit.

5° L'écriture automatique qui est à la base du surréalisme, vient directement de la psychanalyse freudienne. Freud fait dire à ses sujets tout ce qui leur passe par la tête. Nous faisons de même, sans raturer ce que nous écrivons et en faisant abstraction au préalable de tout contrôle de la raison.

6° Nous sommes contre les préjugés de toutes sortes que nous méprisons hautement. Nous refusons de discuter ces préjugés et commençons par insulter les imbéciles pour lesquels ils sont valables.

7° Jusqu'à preuve du contraire, je tiens actuellement le surréalisme pour la seule entreprise valable et désintéressée parce que seule elle amène la libération totale de l'esprit. Le surréalisme appartient à tous les hommes qui sentent déjà l'absurdité de toutes les contraintes qui leur ont été imposées jusqu'ici. Il leur permet de se découvrir tels qu'ils sont, tels qu'ils devraient

Benjamin Péret: "Ce que c'est que le surréalisme", Diario de São Paulo, 7 mars 1929. Oeuvres complètes, tome 7, Librairie José Corti, 1995, p. 133.

07/03/2016

LA GUERRE SOCIALE NE FAIT QUE COMMENCER

 





NOUS N’AVONS PLUS RIEN A NÉGOCIER,

MAINTENANT VOUS DEVEZ DÉGAGER !

 

Aujourd’hui, la bourgeoisie est forte de la division de notre classe entre ceux qui ont un travail et ceux qui n’en ont pas, cette mise en concurrence est une véritable chape de plomb qui paralyse toute initiative de solidarité, toute initiative de lutte.
Nous ne devons pas être à la remorque de revendications défensives, nous devons au contraire être porteurs de revendications offensives qui renouent avec les luttes en apportant la confiance et la solidarité nécessaire à l’unité de notre classe internationale.

REFUSONS TOUT SACRIFICE !
NE LAISSONS PLUS PERSONNE NEGOCIER A NOTRE PLACE

L’action syndicale, ça a toujours été comme ça. … Les uns qui nous promènent pendant que les autres signent et négocient dans notre dos ! Pour nous défendre contre les attaques du capital, nous devons nous organiser en dehors et contre les syndicats, internationaliser nos luttes de manière à rompre notre isolement.

La classe ouvrière n’en serait pas à manifester pour défendre et conserver les lois qui légifèrent le droit des bourgeois à faire de nous des esclaves à exploiter ou a  jeter au rebut, si les syndicats ne nous avaient pas toujours trahies et vendues !

FACE A UN CAPITALISME MONDIALISÉ
EXIGEONS l’INTERNATIONALISIONS NOS REVENDICATIONS

Nous devons exiger : MOINS DE TRAVAIL ET PLUS DE SALAIRES RÉELS, PAR LA RÉPARTITION DU TRAVAIL ENTRE TOUS, SANS DIMINUTION DE SALAIRE...

Cette revendication fermera le bec à toutes autres revendications puisqu'elle attaque le capital là où ça fait mal " LA PLUS-VALUE". Cette revendication clouera le clapet à cette arrogante bourgeoisie et aux ordures qui gèrent leurs affaires, comme a ceux qui nous font défiler pour mieux nous bâillonner.


NOTRE CHOIX EST FAIT : LA  GUERRE SOCIALE  NE  FAIT QUE COMMENCER

05/02/2016

TAILLE DE FAUSSES IDÉES

"Parmi les groupes plus ou moins révolutionnaires qui existent sur plusieurs continents (...) la maigreur et l’incongruité théoriques des uns et des autres atteint une borne au-delà de laquelle on ne voit plus rien".
Article paru en 1976. Alarme n°13 réédition n°40 octobre 1988 (40 ans après, rien n’a changé)

CONSCIENCE RÉVOLUTIONNAIRE ET  CLASSE  POUR  SOI

S'agissant des problèmes posés dans le monde actuel, qui sont ceux de la classe révolutionnaire, les groupes mentionnés ont dépassé à cette date, et de bien loin, la borne que nous avons indiquée il y a douze ans. Nous allons le préciser, car il ne s'agit pas de parler tout bonnement, ni de griffonner des pages et des pages pour peu de chose ou pour embrouiller, vice souvent étalé aujourd'hui comme une qualité.

La maigreur et l'incongruité théoriques principales, d'où en jaillissent d'autres, on la trouve dans l'estimation de la nature de notre époque. Tous répondent : "de très grande concentration mondiale du capital et de décadence" (toute exception se situerait idéologiquement à droite et ne mérite aucun commentaire). La maigreur et l'incongruité apparaissent dès qu'il s'agit de signaler le pourquoi et le comment de la concentration et de la décadence. Pour ce qui est de la première, la plupart se limitent à constater le fait, à l'instar du mouvement révolutionnaire entre les deux grandes guerres. Certains, cependant, portent l'absurde au comble en niant qu'il y ait croissance au-delà du cycle guerre- reconstruction-guerre. Ils interdisent au capitalisme mondial de dépasser le niveau de ce qu'il a détruit.

D'autres groupes, sans donner dans un travers aussi risible, acceptent l'idée de cycle, sauf en cas de Révolution, il va soi. Cependant tous ignorent que la concentration énorme du capital, quelque volume qu'ils lui accordent, a été rendue possible grâce à la défaite du prolétariat entre les deux guerres, prolongée après la dernière. Mais avant de revenir sur cela, il faut éclaircir où se trouve l'origine de la décadence, car il s'agit là de la principale caractéristique de l'actuelle période historique. Tous les groupes, sans exception connue, la voient dans une impossible croissance des instruments de production au sein du capitalisme actuel. Elle-même pousserait à la crise de surproduction dont ils ont tant jasé et celle-ci, à son tour, moyennant le chômage à grande échelle, engendrerait la mobilisation des masses et la conscience révolutionnaire. C'est ça leur matérialisme. Comme démonstration de l'existence de la crise ils présentaient le chômage, tandis que manquait ce qui blesse le capital, c'est-à dire ce qui origine cette sorte de crise. Outre cette bourde-là, les groupes en question se sont vu infliger un double démenti par le chômage. Ils attendaient une augmentation des luttes et leur radicalisation ("accélération de l'histoire", entendait-on dire d'une voix grave). Comme à dessein pour leur fermer la bouche, le nombre des luttes diminuait à proportion de l'augmentation du chômage, alors qu'elles se multiplient avec sa diminution.

L'événement capitaliste le plus important des dernières décennies a été l'avance prise par la technologie japonaise, rapetissant toutes les autres, celle des USA comprise. Les occidentaux, pour faire face à la compétitivité nipponne, entreprirent le renouvellement de leur machinerie et la réduction de leur main d'œuvre. C'est ce dernier facteur que les susdits groupes, superficiels, interprétèrent comme leur crise tant annoncée, prolégomènes d'une commotion révolutionnaire mondiale... ou de troisième guerre. Vingt années de leur, vie et des montagnes de publications gaspillées pour se voir finalement réfutés, sans appel possible, par la robotique et l'électronique qui prolongent la croissance capitaliste, seulement réduite auparavant.

Que la décadence du système se manifeste par l'incapacité de développer ses instruments de production, c'est une idée qui vient aussi de la Troisième Internationale et du Programme de Transition de Trotsky. Tous les groupes mentionnés ont été leurs prisonniers, malgré les dénégations de la réalité vivante. C'est ainsi qu'ils sont allés se submerger dans leur propre gâchis. Ils désorientent idéologiquement le prolétariat et contribuent à sa passivité. Ils tombent dans ce qu'ils voudraient pourtant éviter.
Quant à nous, nous nous répétons à nouveau, en écrivant que la décadence capitaliste est engendrée et répandue par la croissance actuelle de ses forces de production. La dernière d'entre elles, plus importante que toutes les antérieures, coexiste avec la décadence et la sécrète. S'il est vrai qu'autrefois la croissance comportait un développement social, à présent elle l'attaque, le pervertit, car croissance des instruments de production sous leur forme capitaliste et développement social s'entrechoquent irréductiblement. Le second doit impérativement, à fin de reprendre, se débarrasser de l'autre. C'est celle-là la contradiction suprême du capitalisme, qui est déterminée par la force humaine de travail, le prolétariat dans son acception la plus large, dont la marche en avant exige la domination des instruments de travail, et par conséquent, celle de son propre devenir. Comme il a été exposé dans l'éditorial d'Alarme n° 39, ce qui engendre la décadence, c'est le même facteur qui avait constitué le côté progressiste du système, à savoir, la croissance productive des instruments de travail en qualité de capital créé par l'exploitation salariale. Dès lors, la décadence s'introduit dès que les instruments de production accumulés permettent le passage à un système de développement social en rupture avec la relation capitaliste entre instruments de travail et travail humain. Or ces mêmes groupes s'acharnent à nier la croissance industrielle, contre une écrasante réalité et avec une assurance d'irresponsables ; en tout cas, il leur échappe entièrement sa nature décadente et délétère. Et ils ne voient en aucun cas comment, de cette réalité mondiale, se dégagent des propositions révolutionnaires susceptibles de redonner vigueur à l'activité des exploités directement contre le capitalisme.

De toute manière leur échafaudage théorique s'écroule et jusqu'au sol les portant qui devient du sable mouvant. Leur raisonnement même augmente leur désarroi. En effet, si le capitalisme se trouve en circuit fermé guerre-reconstruction- guerre, une crise de surproduction devient quelque chose de chimérique, car il suffit au système de transformer en ferraille une partie de son outillage, par la guerre ou comme on voudra, pour entreprendre encore une reconstruction... et empocher toujours de la plus-value. Mais alors, d'où viendrait et quand apparaîtrait la combattivité ouvrière et sa conscience ? Ce même circuit fermé empêche de comprendre la cause de la passivité et du scepticisme des masses, tellement durable ; il empêche aussi de comprendre les tâches révolutionnaires à se donner, aux révolutionnaires comme à tous les exploités. La première situation n'a pas été le fait de la répression bourgeoise, mais de l'irradiation mondiale de la contre-révolution russe barbouillée en socialiste. Les tâches à se donner, par contre, exigent une importante reconsidération théorique, qui n'a pas été entreprise, ou bien mal, par les tendances critiquées ici.'

Comble de la gaffe, la troisième guerre mondiale, annoncée comme proche, sinon imminente, est en train de laisser là plantés ses crieurs, énième version. Ils la voient s'éloigner à leur horizon temporel, par effet des armes thermonucléaires, chimiques, etc. dont la portée exterminatrice met à nu la caducité, la corruption, l'ultime sentence technologique de la décadence comme un tout. On l'a vu lors de l'épisode des missiles à Cuba. Tout de même, le danger ne disparaîtra qu'avec la relation sociale qui l'engendre : capital/salariat.

Cependant, les groupes dont il a été question ici ne trouveront pas la liaison avec les agitations ouvrières à venir sans qu'ils taillent eux-mêmes leurs idées dépassées ou entièrement fausses. En un mot, il faut prendre une nouvelle envolée théorique, ce qui revient à dire, d'activité pratique. C'est cela, toute pédanterie bannie, la praxis. Mais au contraire, ils semblent s'agripper- à leurs aberrations. Seule Battaglia Comunista insinue un certain changement. Dans son numéro de juillet elle dit "ne pas faire référence tant à la crise de surproduction" qu'à celle de décadence. Cela suffit pour nier l'existence de la première, et qu'elle se produise ou non, la dépouiller des vertus qui lui étaient accolées auparavant. Si l'on tire conséquemment ce bout de corde, d'autres changements se présenteront en file indienne.

Des symptômes précurseurs de nouvelles ouvertures révolutionnaires s'aperçoivent aux milieux du fracas mondial. Ceux de plus grande importance, les voici : la reprise de la croissance capitaliste, dont la nocivité aggravée permettra au prolétariat de se dresser contre le système ; la connaissance généralisée de l'effroyable vérité sur la contre-révolution russe et le mépris des masses envers ses partis ; l'irréversible rejet des syndicats par les travailleurs ; la mise en évidence des nationalismes, guerrillerismes, terrorismes et similaires, comme le fait des sujets et des partis avides d'exploiter leurs propres co-nationaux ; la nécessité, chaque jour plus pressante, de supprimer tous les armements militaires et les armées sans exception ; la poussée des exploités, très persistante, quoique retenue pour l'instant, vers une société sans classes et hautement développée.
1976. Alarme n°13   réédition n° 40 octobre 1988
PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS, UNISSONS-NOUS,
SUPPRIMONS LES POLICES, LES ARMÉES, LA PRODUCTION DE GUERRE, LES FRONTIÈRES,
LE TRAVAIL SALARIÉ ARMES, POUVOIR, ÉCONOMIE AU PROLÉTARIAT

CRISE SOCIALE ET CHÔMAGE

                               Article paru dans Alarme No 11 Jan. Fev.Mars 1981
"Est-ce que les choses ont changé depuis ?"
Aujourd'hui tout progrès technologique ou scientifique de grande envergure, même apparemment pacifique se concrétise par une domination encore plus brutale du capitalisme sans aucune contre-partie pour l'ensemble de la société et plus particulièrement le prolétariat. Ainsi les énormes investissements engloutis dans la conquête de l'espace ont été fructifies dans le renforcement des arsenaux impérialistes. Les travaux effectués "au service de la science et du progrès" se  concrétisent   maintenant en satellites de surveillance ou de guidage plus précis de bombardement nucléaire. L'informatique qui s'est développée dans la foulée de ces gigantesques travaux sert maintenant de moyen de répression affiné et violent ; elle est introduite dans la production pour les tâches de gestion, de rationalisation, de stockage de renseignements et de surveillance. Les technocrates peuvent ainsi "conquérir l'espace... policier mondial en se servant plus systématiquement de l'Informatique pour la répression avec le fichage, la surveillance, la circulation (espionnage) d'informations.

De plus les nouveaux produits industriels sont testés, le plus souvent possible, sur le marché mondial le plus important de l'époque : la guerre. On ne dépense pas moins d'un million de dollars par minute dans le monde pour la production de guerre ! Non seulement la guerre permet de tester les nouveaux produits, mais surtout elle est un magnifique champ d'élaboration technique et scientifique, un laboratoire généreux en découvertes un facteur important de progrès qui se concrétise par de nouveaux produits sur le marché de la guerre... économique. Le cercle vicieux se referme. Le capitalisme dans son ensemble ne peut plus apporter quoi que ce soit de bénéfique pour l'humanité, il est socialement nocif : il est décadent. En effet nous vivons une période où ce système, ayant conquis la planète, a rempli son rôle historique progressiste par rapport au système précédent et dès lors se trouve être caduc. Ainsi le capitalisme a unifié le monde par le lien social du capital (lien non humain) et a développé mondialement et puissamment son antagoniste irréductible, sa négation historique : le prolétariat.

Il a réalisé les " conditions objectives" de la révolution communiste {cf. Alarme n° 6), Cette période s'est concrètement ouverte avec la première guerre mondial de 1914-18 et la vague révolutionnaire, mondiale elle aussi, qui l'a suivie (1917-37) montrant dans les fait la caducité de ce mode de production. A cette caducité historique* correspond sa manifestation sociale : la décadence. Cette crise fondamentale du capitalisme est une crise sociale définitive qui se manifeste indépendamment de la bonne ou mauvaise marche de l'économie capitaliste. La croissance économique elle-même est devenue néfaste au progrès de l'humanité.

L'ensemble du "progrès" appliqué à la production (facteur de la croissance économique) détermine la restructuration du système économique ce qui entraine des heurts au sein de la sphère capitaliste : fermeture d’usines, écroulement de pans entiers de l'économie qui ne sont plus adaptés (rentables) face aux nouveaux moyens de production mis en œuvre, d'où un important chômage. En revanche de nouveaux secteurs industriels se créent ou s’étendent, utilisant les nouvelles technologies un personnel plus réduit et un fort système de sous-traitance (comme le font la plupart des grandes compagnies japonaises). Depuis que la prétendue crise économique sévit, les plus grandes entreprises capitalistes du monde, dans leur majorité, ne cessent de faire des profits et de participer à la croissance économique. Or dans une crise économique, mêmes les plus puissantes compagnies capitalistes se trouvent au moins très proche de la ruine, ce qui est loin d'être le cas aujourd'hui.

Quant- au prolétariat, quelque soit l'état économique du système, il est toujours perdant, ne serait-ce que par la perpétuation de l'exploitation. Rien ne permet aujourd'hui de conclure à une crise économique "mortelle" du capitalisme, crise sensée provoquer la "prise de conscience " révolutionnaire du prolétariat jeté dans la misère la plus noire. Le capitalisme peut malheureusement très bien survivre avec une économie "assainie" (où les capitalistes les plus faibles auraient été éliminés),  encore plus concentrée et plus étatisée, avec un volant de chômage plus important que précédemment. En 1965, les économistes américains estimaient que pour les USA 4 à 5 millions de Chômeurs était une armée de réserve normale en dehors de tout contexte de crise économique»
Quant à la radicalisation ouvrière qu'entraînerait une crise économique, force est de constater que cette radicalisation ne serait pas inéluctable et même qu'elle serait en fait freinée par une crise économique. Ainsi la crise de 1929 a eu pour conséquence, principalement aux Etats-Unis de diviser la classe ouvrière en chômeurs d'une part et d'autres part en travailleurs avec un emploi qui ont lutte (parfois violemment) uniquement pour préserver cet emploi. Quelques chômeurs radicalisés se sont regroupés pour lutter mais se sont séparés dès que les capitalistes ont réembauché sur une large échelle ; ils sont de toute façon très minoritaires, l'immense majorité des chômeurs ayant été réduite à un vagabondage excluant toute lutte de classe-, une classe ouvrière en vagabondage, n’est pas une classe ouvrière.
Le processus de formation de la conscience révolutionnaire du prolétariat ne peut s'expliquer ni par des recettes ni par des régimes alimentaires : les prolétaires trop gras et corrompus par le système devant maigrir, les squelettiques devant grossir pour avoir la force de se rebeller, les autres (par exemple les polonais) devant surveiller étroitement leur "ligne". La conscience révolutionnaire ne surgit pas de la nausée bileuse d'un ventre creux ou du vomissement gras d'un ventre plein. En effet  la révolution ne peut être un phénomène purement passif (le prolétariat "contraint" de s'affronter au capital) ni un phénomène purement volontaire : elle est le produit de la confrontation de ces deux phénomènes. C'est-à-dire que la conscience vient du choc du désir d'humanité (et donc des potentialités de réalisation de ses désirs) du prolétaire et de sa situation matérielle inhumaine et dégradante. Plus que jamais la contradiction est criante entre les potentialités développées par ce système et les conditions d'abrutissement physique et intellectuel faites aux prolétaires de tous les pays.
Si toute la pourriture présente subsiste encore sur la croûte terrestre, c'est parce que le prolétariat des pays les plus puissants n'a pas la force et ne se donne pas les moyens d'abattre ce système anti-humain. Notre tâche est de montrer que cette force ne peut s'acquérir que par l'organisation indépendante des ouvriers, chômeurs, intérimaires et travailleurs unis par delà toutes les barrières entretenues par ce système d'exploitation salariée, pour la destruction radicale de l'ordre existant.
Article paru dans Alarme No 11 Jan.Fev.Mars 1981
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CONSCIENCE DE CLASSE ET RÔLE DES RÉVOLUTIONNAIRES

CONSCIENCE  DE  CLASSE ET RÔLE DES RÉVOLUTIONNAIRES
Article paru dans Alarme No 11 Jan. Fev. Mars 1981

Trop souvent lorsqu'on s'exprime, on a tendance à confondre deux termes qui ne sont nullement équivalents à savoir la lutte de classe et la conscience de classe. En effet, la lutte de classe existe à tout moment parce que la société est divisée en classes sociales et que la lutte d'intérêts, pour aussi infime que soit son expression, est inhérente à tout système d'exploitation. La conscience de classe, elle, bien que ne pouvant exister que par la lutte antagonique des classes sociales de la société, n'apparait pas automatiquement, mécaniquement et de manière linéaire» C'est cela que nous allons traiter le plus simplement possible, Pour aborder le problème de la conscience de classe nous partirons de deux idées fondamentales à nos yeux. La première est que l'existence précède la conscience. Là deuxième, indispensable et venant compléter la première pour ne pas tomber dans un matérialisme vulgaire et mécanique nous la tirons des thèses sur Feuerbach (IIIe thèse) de Marx.
" La doctrine matérialiste qui veut que les hommes soient des produits des circonstances et de l'éducation, que par conséquent, des hommes transformés soient des produits d'autres circonstances et d'une éducation modifiée, oublie que ce sont précisément les hommes qui transforment les circonstances et que l'éducateur a lui-même besoin d'être éduqué “.
En clair ce qui est indispensable de comprendre par là, c'est qu’il n'y a pas une conscience pure, idéale qui plane dans les airs et qu'il faudrait chercher à atteindre. La conscience en général, et la conscience de classe en particulier ne sont point des produits géniaux ou diaboliques du cerveau mais la conséquence directe de l'existence matérielle de l'homme dans la société. Cependant, et ceci est extrêmement important pour ne pas tomber dans un mécanisme stérile, les individus ont eux-mêmes un rôle très important à jouer dans et par rapport à la conscience de classe, une fois que les bases matérielles sont présentes. C'est-à-dire que le matérialisme historique parceque dialectique n'exclut pas, bien au contraire, une fois les données objectives présentes, l'apport important et décisif du facteur subjectif.

Ce qui vient d'être exprimé ici, est confirmé matériellement par l'histoire. La conscience de classe se manifeste, s'exprime de manière différente et à des degrés divers suivant les classes sociales et les situations spécifiques. Cette conscience de classe ne tombe pas du ciel, elle n'est le fruit d'aucune divinité quelque soit le nom qu'elle adopte (Dieu, le Parti, l'Organisation, la classe ouvrière, l'intelligentsia etc..,) mais bel et bien le produit de l'antagonisme social entre une ou plusieurs classes sociales de la société. Cet antagonisme est lui-même le produit de l'opposition d'intérêts, intérêts provenant des conditions matérielles d'existence. Il est clair que la seigneurie, bien que dépendante de la noblesse, et la noblesse elle-même avaient des intérêts distincts et opposés à ceux des serfs de même la bourgeoisie détentrice des moyens de production dans la société capitaliste a des intérêts qui vont à 1'encontre du prolétariat dont elle tire le bénéfice. De cet antagonisme apparait la lutte de classe et à-travers cette dernière une certaine conscience de classe.

Voyons de plus près avec quelques faits historiques. En tant que classe, la bourgeoisie avait des intérêts qui ne pouvaient totalement s'exprimer au sein du mode de production féodal» Celle-ci occupait en tant que classe à la veille de la révolution bourgeoise le premier rang dans la société par sa richesse et sa culture face à une aristocratie en pleine décadence dont la domination ne correspondait plus au niveau atteint par les forces productives en plein essor et constituait autant d'entraves pour le progrès social, unie la bourgeoisie s'appuyant sur les couches plus exploitées de la société balayant l'ancien régime. Instaurant une nouvelle société d'exploitation, les intérêts et la conscience de classe ne pouvaient disparaître puisque les classes sociales elles-mêmes allaient subsister. La bourgeoisie, consciente de ses propres intérêts, était confrontée d'une part aux derniers vestiges de la société féodale, à la classe défendant ces derniers vestiges, et d'autre part à la classe sociale, le prolétariat, qui allait prendre de plus en plus d'importance- au fur et à mesure du développement des nouveaux rapports de production basés sur le travail salarié: le capitalisme.

Cependant il serait absurde de croire qu'une fois au pouvoir, la bourgeoisie avec un grand "B" allait rester unie et indivisible. En effet, les rapports de production par elle instaurés n’ayant rien à voir avec la constitution d'une société humaine mais bel et bien avec une société basée sur le profit, allait donner naissance à des luttes intestines, luttes n'ayant bien entendu rien à voir avec la lutte de classe. Mais ce qui est intéressant de montrer, c'est que l'unité de la bourgeoisie et par conséquent sa conscience de classe réapparaissent lorsqu'un secteur ne faisant pas partie de sa classe lutte pour ses intérêts propres et met en danger son pouvoir, C'est ce qui se passera de façon chaque fois plus nette depuis les journées de Février puis de Juin 1648 en passant par la Commune de Paris jusqu'à principalement la vague internationale de 1917-37 ( de la révolution russe jusqu'à la révolution espagnole ). Le prolétariat s'est historiquement déjà montré en tant que force indépendante et qui plus est en force internationale capable et désirant abattre l'abject système d'exploitation de l'homme par l'homme.

Ce que nous pouvons d'ores et déjà dire, c'est que le prolétariat par sa seule existence, est la critique, la négation de ces formes d'existences et par conséquent la négation de son existence même et de celle de la société divisée en classes sociales. Le prolétariat en tant que classe n'a aucune autre classe en dessous de lui' à exploiter et par sa révolution il ne peut instaurer que la communauté humaine par la suppression des classes sociales. Mais notons dès maintenant, que malgré l'expérience pratique du prolétariat en lutte, seules des minorités peuvent être conscientes de cela au sein du capitalisme. Mais nous y reviendrons plus loin.

La conscience de classe n’apparaît donc pas subitement et encore moins mécaniquement, Entre la conscience d'appartenir à une classe et la conscience révolutionnaire exprimant clairement  théoriquement et pratiquement la volonté d'une transformation radicale de la société, il n'y a pas, il ne peut pas y avoir une lente évolution progressive. Ce processus se fait lui-même par bonds quantitatifs et qualitatifs, par des bonds en avant mais également par d'énormes bonds en arrière (ex: la domination quasi totale du capitalisme sur le prolétariat grâce à la contre-révolution russe et au stalinisme). L'existence matérielle d'une classe n'implique pas à elle seule une conscience de classe et encore moins une conscience révolutionnaire. Un large extrait du manifeste du Parti communiste de Marx et d’Engels le montre assez clairement :
"Le prolétariat passe par différentes phases d'évolution. Sa lutte contre la bourgeoisie commence avec son existence même, La lutte est engagée d'abord par des ouvriers isolés ensuite par les ouvriers d'une même fabrique, enfin par les ouvriers d'une même branche d'industrie, dans une même localité, contre les bourgeois qui les exploitent directement. Ils ne dirigent pas seulement leurs attaques contre les rapports bourgeois de production ; ils les dirigent contre les instruments de production eux-mêmes ; ils détruisent les marchandises étrangères qui leur font concurrence, brisent les machines, brûlent les fabriques et s'efforcent de reconquérir la position perdue de l'artisan du Moyen Age“.
“A ce stade le prolétariat forme une masse disséminée à travers le pays et émiettée par la concurrence. S'il arrive que les ouvriers se soutiennent par l'action de masse, ce n'est pas encore là le résultat de leur propre union, mais de celle de la bourgeoisie qui pour atteindre ses fins politiques propres, doit mettre en branle ,1e prolétariat tout entier, et qui possède encore provisoirement le pouvoir de le faire? Durant cette phase, les prolétaires ne combattent donc pas leurs propres ennemi “ c'est-à-dire les vestiges de la monarchie absolue propriétaires fonciers, bourgeois non industriels, petits bourgeois, Tout le mouvement historique est de la sorte concentré entre les mains de la bourgeoisie. Toute victoire remportée dans ces conditions est une victoire bourgeoise."

La lutte de classe n'exprime donc pas en soi une conscience de classe révolutionnaire. L'histoire montre uniquement que c'est dans la lutte que le prolétariat est susceptible de se constituer en classe indépendante, en classe révolutionnaire et que c'est par elle que se développe la conscience de classe, c'est pour cela qu'il faut distinguer l'ensemble de la classe et les minorités s'étant appropriées l'histoire de la lutte de classe et ayant une conscience plus ou moins claire de l'objectif historique à réaliser ( ces minorités pouvant provenir de la classe elle-même au cours de lutte et/ou de personnes sociologiquement extérieures à la classe ouvrières mais ayant pris partie pour ce qu'historiquement elle est supposée devoir être). Le prolétariat par sa pratique a presque toujours tendance à dépasser la conscience qu'il a de cette pratique, mais ce n'est jamais l'ensemble de la classe qui appréhende et tire les leçons de la lutte de classe passée ou présente. 

C'est dans cette mesure qu'un Lénine disait que le prolétariat par ses simples luttes défensives ne pouvait accéder qu'à une conscience trade-unioniste et concluait qu'il n'y avait pas de pratique révolutionnaire sans théorie révolutionnaire, c'est-à-dire sans avant-garde organisée, mais cette conception pour le moins bancale ainsi que l'ensemble de la théorie qui s'y rattache par rapport à 1'organisation ( le savoir révolutionnaire ) et la classe négligent totalement l'aspect dialectique de la question même si leurs défenseurs le revendiquent. En effet s'il est vrai que sans théorie révolutionnaire il n'y a pas de pratique révolutionnaire, il n'en est pas moins vrai qu'il n'y a pas de théorie révolutionnaire sans pratique révolutionnaire. La théorie ne tombe pas du ciel, elle n'est pas le produit exclusif d'un génial cerveau émancipateur. Marx n'a-t-il pas rectifié sa position sur l'Etat après l'expérience pratique de la commune de Paris ? Les bolcheviks d'ailleurs n'ont-ils pas changé leur position sur les conseils ouvriers après l'expérience pratique de 1905 en Russie ?

Critiquer, rejeter, combattre cette conception de l'organisation et par conséquent la théorie suivant laquelle la conscience révolutionnaire ne peut venir que de 1'extérieur de la classe, ne signifie pas que nous tombions dans l'absurde croyance mythique d'un prolétariat devenant spontanément révolutionnaire, à moins d'inclure dans cette spontanéité la pratique d'éléments plus déterminés œuvrant dans la lutte prolétarienne pour la disparition des classes sociales. Mais dans cette hypothèse Lénine, Bordiga, ou tout autre "bestial dirigeant bureaucratique" font partie de cette spontanéité car à moins de croire aux miracles et à la communion solennelle, aucun mouvement social n’apparaît sans la-détermination plus ou moins consciente d'une de ses parties, aussi infime et aussi anti-dirigiste soit-elle.

Par conséquent, les révolutionnaires organisés ne se trouvent ni au-delà ni en deçà du prolétariat, ils en font tout autant partie que n'importe quel comité d'usine, quand comité révolutionnaire il y a. Leur intervention au sein de la lutte de classe doit donc être totale à tous les niveaux (organisationnel, politique et social) et tant mieux si le mouvement social dépose leurs propres conceptions dans la lutte. Malheureusement nous n'en sommes pas là. C'est pour cela que les argumentations du type : "pas la peine d'avancer des revendications en vue d'attaquer le capitalisme, c'est à la classe de le faire, elle l'a déjà fait , pas la peine de contribuer à 1!organisation du prolétariat, c'est au prolétariat de le faire, il en a déjà donné la preuve, c'est pour cela qu'elles sont d'une inconséquence totale" Car au nom d'un démocratisme à toute épreuve cette argumentation résulte tout aussi anti-dialectique et en tout cas beaucoup plus inopérante ( en bien ou en mal peu importe ici ) que la position du Parti ou de l'Organisation infaillible s'octroyant la possession exclusive de la conscience de classe qu'elle va gracieusement offrir au pauvre petit prolétariat inculte.
Ce n'est pas l'acceptation des termes Parti ou Organisation qui changeront quoi que ce soit, si dans la pratique, malgré la propagande de principe, on s'en remet à ce qui est faussement appelé spontanéité. Si l’on affirme que les révolutionnaires sont une partie plus consciente et décidée de l'ensemble du prolétariat il faut également affirmer qu'ils font partie de la spontanéité de classe. Sans quoi qu'on “le veuille ou non“ on se situe comme élément étranger au mouvement historique de classe.

                                                Article paru dans Alarme No 11 Jan. Fev. Mars 1981